COVID 19 : LE PREMIER LANCEUR D'ALERTE C'EST VOUS !

Dernière mise à jour : 23 oct. 2020

Dr Loïc Etienne | Médecin urgentiste depuis 1980, fondateur du 3615 ECRAN SANTE en 1987, de Docteurclic.com en 2000, et auteur du site e-docteur.com en 2014; auteur d'ouvrages sur l'automédication et la télémédecine. Président de Medical Intelligence Service, et inventeur de l’Intelligence Artificielle MedVir

Ce billet d'humeur a été initialement publié sur le site ZeBlogSante


Après ce Covid dévastateur qui a ébranlé nos certitudes, notre regard n’est plus le même. La communauté des hommes, en comptant ses morts, a pu mesurer dans sa chair que sur cette planète ronde, nous étions tous liés par le fil invisible et implacable de la contagiosité.


Un monde incertain


Le coronavirus se contrefiche des frontières ! Ce constat a mis un coup d’arrêt à la recherche du risque zéro après lequel notre société sécuritaire court éperdument depuis des années. Notre monde est plus incertain que nous le pensons. Et puis ce que notre médecine commence à comprendre confusément, c’est que bien avant les médecins qui soignent, bien avant les épidémiologistes qui observent et bien avant les médias qui répercutent leur avis, le premier lanceur d’alerte, c’est le patient lui-même ! Donc, chacun d’entre nous ! C’est sur ce point précis que je voudrais revenir.

Le patient lanceur d’alerte


Avant même que la maladie se déclare ou soit constatée par un médecin, la première personne en mesure de s’inquiéter est bien le patient, ou bien son entourage immédiat s’il est incapable de le faire savoir. Même s’il ne comprend pas forcément la nature de son mal, le patient est le premier à en ressentir les effets. On l’a bien constaté pour l’épidémie de Covid 19 : un mal de tête, une fièvre, le goût qui soudain disparait rendant les aliments insipides, mais aussi cette cohorte de signes qui s’associent de façon incompréhensible, avec des troubles neurologiques, des lésions de la peau, des signes digestifs, une fatigue intense, immense, inhabituelle, et tous ces signes non encore répertoriés que les médecins appellent les « signaux faibles ». Tous ces signes ont bel et bien été l’expression lente et fugace de l’épidémie qui a monté inexorablement car les informations dont nous disposions provenaient de l’observation des patients hospitalisés, d’alertes sporadiques des médecins de ville et non directement et en temps réel de la population elle-même.


Or nous avons tous dans notre entourage des personnes qui ont été atteintes par le Covid 19 à des degrés divers. Certaines en sont mortes, d’autres ont gardé des séquelles, d’autres en sont sorties, et d’autres encore, la majorité heureusement, ont vu la maladie glisser sur elles sans dommage. Aucun d’entre nous, qu’il soit indemne ou pas n’oubliera cette confrontation avec la mort qui a sonné peut-être à la porte même de nos maisons. La onzième plaie d’Egypte ! Je pense ici à plusieurs confrères urgentistes qui y ont laissé leur vie ou qui souffrent de séquelles durables, pour avoir été simplement présents, comme tous ceux qui l’ont été et pas seulement les soignants, fidèles à leur poste, laissés seuls en pleine incertitude.

Gérer l'incertitude


La gestion de l’incertitude et l’humilité d’en comprendre l’importance sont les changements profonds que tous les acteurs de l’écosystème de santé vont devoir accepter. Oublier nos certitudes ainsi que la recherche du risque zéro est un travail profond que l’ensemble de la société va devoir mener. Mais comment oublier quelque chose qui structure nos pensées depuis plus de cinquante ans ? La science reste bien sûr le seul regard qui nous donne l’impression d’une vision certaine du monde que nous observons, parce qu’il est mesurable ! Et chaque jour de nouveaux progrès apparaissent. Toutes les maladies deviendront guérissables dès lors qu’elles seront explicables ! Nous avons désormais le pouvoir de prolonger la vie et de repousser les frontières de la mort jusqu’à des limites inimaginables, la mort de la mort ! Le génie génétique nous guérira de toutes ces maladies incurables qui font encore de certaines personnes des martyrs toute leur vie durant ! Ce sont des actes de foi en la science qui dépendent de facteurs économiques, environnementaux, sociaux, politiques, sur lesquels nos sociétés ont peu de prise. Hélas, le Covid nous a montré à quel point ces visions du futur, même si elles sont envisageables à moyen terme et largement relayées par les médias, ne sont que du sable sur lequel reposaient nos certitudes.


La seule certitude, c’est le patient qui la possède, il en est le détenteur et le premier témoin. Ce que je peux déclarer, moi, en tant qu’individu, au moment où cela se passe, ma douleur, ma fièvre, mes troubles divers, tous les signaux dont mon cerveau m’informe, et tous ces signes que ma peau et mes divers organes me répercutent, c’est la seule certitude qui a une réalité objective : c’est la mienne, c’est moi qui la ressens, elle est parfois indicible, parfois inexplicable, mais elle est bien réelle puisque je la vis. Moi, ici et maintenant !


Même si je ne sais pas forcément bien tout décrire tous mes maux, je suis capable de répondre avec un certain degré de certitude à des questions qu’on me pose sur mon état actuel. Et c’est bien cela que fait mon médecin, quand il m’interroge : « Ca vous chatouille ou ça vous gratouille ? » Au-delà de la dérision du Dr Knock, il y a là de vraies questions qui peuvent nous sembler incongrues, celles que pose le clinicien en consultation, mais qui pour lui ont un sens. « La médecine est un Art dont l’un des outils est la Science » affirmait Georges Canguilhem dans sa thèse soutenue en 1943 Cet aphorisme n’a pas pris une ride. Notre métier de médecin est de donner un sens à la plainte du patient, par l’œil de la science, de l’expérience, et de l’émotion. Et c’est ce que moi, en tant que patient, j’attends du médecin au-delà de sa compétence : ce regard empathique grâce auquel, avec l’apport des médicaments et surtout ma propre force intérieure, je vais pouvoir guérir.

Si…


Alors, réécrivons l’histoire, revivons ces semaines terribles d’absence de certitude avec un autre regard.


Si moi, ce patient qui souffrais, j’avais disposé dès le début de l’épidémie, dès début janvier 2020, voire bien avant, d’un moyen simple, efficace, rapide, pour recueillir de façon géolocalisée tous mes symptômes, y compris ceux que j’avais négligés, et que pour chacun de ces symptômes j’avais pu les qualifier et les décrire en répondant à un questionnaire personnalisé, j’aurais su quoi faire, où aller, savoir si c’était grave ou pas, comment me soulager ! Et si le lendemain, en me connectant à nouveau sur cette interface électronique disponible sur mon ordi, mon smartphone, ou simplement sur un numéro de téléphone où on me réponde avec une voix humaine, j’avais pu évaluer à nouveau mon cas, j’aurais pu savoir avant le confinement si je devais appeler le 15 ou me rendre à l’hôpital ou consulter mon médecin. Si j’avais eu cela à ma disposition, je ne serais peut-être pas mort ou handicapé, ou simplement retiré du monde des vivants durant plusieurs semaines.

Si l’ensemble de la population avait disposé d’un tel outil [1] avant même le mois de Décembre 2019, les autorités sanitaires auraient su en temps réel où se trouvaient les clusters (les cas identifiés dans un territoire), quels étaient les signes, quelle était la probabilité que ce soit le Covid ou bien autre chose de tout aussi sérieux (AVC, infarctus, péritonite, pneumonie…). On aurait évité nombre de ces décès non liés au Covid. Et en cas de suspicion de Covid, on aurait donc su où il fallait envoyer ces masques qui nous ont tant fait défaut et dont l’absence est finalement la responsable indirecte de cette pandémie. On aurait pu mettre en place un confinement mesuré, on aurait pu patienter en attendant que les tests arrivent enfin, on n’aurait pas perdu 11 points de PIB, on aurait évité tous ces divorces, ces dépressions, tous ces dramatiques effets secondaires d’un confinement total.


Si nos décideurs avaient eu moins d’égo, de certitude, plus d’humilité et de jugeote, en anticipant grâce à ces outils numériques qui existent, qui sont opérationnels, gratuits sans la moindre contrepartie et 100% français, s’ils les avaient mis à disposition gratuitement pour toute la population, j’ose le dire, on n’en serait pas là ! Aujourd’hui, à l’heure où resurgit la Covid, ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Notre arme préventive contre une nouvelle épidémie coronavirus ou autre, c’est de faire de l’épidémiologie en temps réel en faisant confiance au déclaratif de la population. Chacun d’entre nous deviendra alors un veilleur, qui en déclarant ses symptômes et en recevant en retour un conseil personnalisé, permettra de suivre la progression heure par heure de l’épidémie.


Le premier lanceur d’alerte, c’est vous !

[1] www.medvir.fr est un site gratuit, sans publicité, qui permet grâce à son intelligence artificielle d’envisager 750 diagnostics dont le Covid 19, d’évaluer la gravité de la situation et de fournir des conseils personnalisés. Toutes les données anonymes recueillies sont accessibles pour les autorités sanitaires.



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